Bon, il semble que ce soit à mon tour maintenant :
Desserrant d’un geste sensuel à la lenteur parfaitement calculée son obi (NdT : sa ceinture) de soie, et laissant s’écouler le long de ses reins son kimono aux motifs agréables et délicats, une fine et gracieuse silhouette s’avance vers la lumière mais dos au spectateur indécis, passant avec élégance sa main au travers du fin voile de ses longs cheveux de jais…
alors que le vêtement ouvragé choit au sol, la forme se retourne brusquement, et en surgit un individu défiant toute statistique. Un instant celui-ci contemple nous sans amusement l’étole d’ombres brillantes qu’il tient à la main, puis il s’en débarrasse prestement en s’élançant vers le lecteur effaré par tant de désinvolture : ainsi apparaît Denis, 26 ans, diplômé de statistiques (niveau master) et actuellement mi-pion/mi-bibliothécaire en terrain difficile à la frontière Belge, vêtu d’un kilt, d’un T-shirt où l’on peut lire « Canonize Shakira !!!» sous le portrait sulfureux de la Madone, et d’une paire d’espadrilles vert pomme.
Il amorce soudain un bond prodigieux en direction de l’écran, dégageant de l’abri que lui offrait son dos un katana à la lame étincelante. L’arme traduit chez lui un penchant confirmé pour les cultures orientales, et spécialement la civilisation nippone ; néanmoins, le chapeau à large bord rehaussé d’un plumet d’albâtre qu’il dépose lors de son envol sur son modeste crâne traduit aussi chez l’individu un amour (sans doute son appendice nasale l’exprime-t-elle également) pour un certain panache propre aux fines lames et aux bossus.
Hurlant son cri de guerre en d’innombrables langages, le jeune homme manifeste son affection pour les langues étrangères et la philologie (malgré un manque de maîtrise dont le temps se veut le seul coupable). Tandis qu’il retombe sur ses posts après avoir ébréché l’écran et épilé le sourcil gauche de son interlocuteur, l’individu se redresse et s’enfuit subitement prétextant un entraînement sportif de première importance (piscine, boxe française, rugby).
Une petite silhouette au charme ravageur surgit du côté opposé de l’image et jette à l’encontre de notre aventurier rôliste -membre honoraire du Warhammer Canal Historique (maison de qualité depuis 1989) – une massue au poids certain qui finit immanquablement par s’abattre sur le chapeau de sa victime. Celle-ci ne parvient qu’à peine à s’extirper de sous l’arme vengeresse qu’elle tombe nez à nez avec sa chère et tendre qui la conspue de faire et trop de jeux de rôles, et de créer trop de personnages. (« Tu as déjà fini à l’H.P., alors du calme ! » lui chuchote-elle).
A ce propos elle agite sous les yeux de l’intéressé quelques portraits crayonnés dans un style (qu’il juge, lui) primitif, et lui réclame de se remettre prochainement à des activités plus saines (un livre de cuisine dépasse d’ailleurs négligemment d’une de ses poches). C’est alors qu’une centaine de créatures et personnages déboulent en hâte du fond de l’écran pour enlever les deux protagonistes et les emmener sous d’autres cieux. Ne reste sur l’image que des ouvrages divers d’histoire, de politique, de poésie, d’économie (ah ! Michel Crozier) et de sociologie ; une pléthore de CD audio (notamment de Tori Amos, de Jorane, de Tiersen et de Nightwish) ; ainsi que quelques bandes dessinées (Donjon parade, Calvin & Hobbes, JKJ Bloche, Kabuki), et du matériel d’estampes. Un gros bloc note sur lequel trône l’inscription « Idées Géniales » repose sous le tas de vieilleries, un gros morceaux de Makowiec écrasé entre deux pages. De nombreux dessins d’enfants dépassent des pages d’un autre livre dont le titre n’est guère discernable, mais dont l’épaisseur révèle qu’il contient de très nombreux souvenirs.
Finalement, un bretzel géant s’affiche au milieu de l’écran avant que votre machine ne plante. (ce bretzel était de trop pour un certain programme ;op …)

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vanitas vanitatum et omnia vanitas